Tu seras journaliste

ÉCRITS DE G. GUÈVREMONT: le roman en feuilleton Tu seras journaliste, publié en feuilleton dans la revue Paysana, entre avril 1939 et octobre 1940

Ce premier roman de Germaine Guèvremont mérite que toute personne qui s’intéresse un peu sérieusement à l’oeuvre de cette écrivaine s’y attarde, et ce pour plusieurs raisons:

1. L’utilisation qu’elle fait d’un ressort dramatique jusqu’alors inconnu, tabou dans la littérature « canadienne-française », comme on disait à l’époque. Voici comment elle-même résume les premiers chapitres de son roman (Paysana, juillet 1939 – vol. 2, no. 5).

Une jeune institutrice du nom de Caroline Lalande a déserté son village pour aller demeurer à la ville, croyant y trouver la gloire et une vie moins austère. Elle n’a rencontré sur sa route que déboires et insuccès. Au début de l’été, par un après-midi torride, alors que la misère et la grande chaleur torturaient son esprit, elle tente de se suicider.

Secourue à temps, après un séjour révélateur à l’hôpital, elle subit un procès expéditif dont elle sort exonérée. Le président le la Cour lui conseille d’accepter une situation chez son frère, Noé Dulac, propriétaire d’un journal local, à l’Anse-à-Pécot. Etre journaliste, c’est bien le rêve qu’elle caresse. Mais prise de scrupules, elle hésite. «Je ne suis pas journaliste», explique-t-elle au juge Dulac. «Vous le deviendrez. Vous serez journaliste !»

Et voici Caroline pour l’Anse-à-Pécot. Attirée d’abord par la nouveauté du paysage, elle se lasse vite de la monotonie des terres planches. Est-ce-là l’image de sa nouvelle vie ? Toute unie, sans peine comme sans allégresse ? Elle songe avec mélancolie à son pays enlevé où l’ombre tapie au creux edes vallons, garde, même au cours de l’été, une éternelle fraîcheur; à son enfance libre, déchaînée, qui n’était qu’un cri de joie.

2. L’essentiel du roman traite de la vie de cette jeune femme (Caroline Lalande) à l’Anse-à-Pécot, en fait Sorel ! Il nous renseigne sur ce qu’était Sorel à cette époque, du point de vue d’une étrangère, d’une Survenante. Il nous renseigne sur comment Germaine Guèvremont a pu se sentir quand en 1920 elle va s’installer avec son mari, Hyacinthe Guèvremont, dans ce qui n’était alors qu’un gros village de moins de dix mille habitants, même en comptant les paroisses voisines de Saint-Joseph et de Sainte-Anne de Sorel.

3. Puis il y a ce nom de l’Anse-à-Pécot. Les personnes curieuses pourront découvrir avec intérêt le sens du mot pécot (depuis longtemps réservé au seul usage littéraire), qui à lui seul en dit long sur la perception qu’a eu, pour un temps du moins, Mme Guèvremont, de Sorel !